Sarah Bahja — Quand le racisme traverse aussi nos institutions
Militante et animatrice à ZIN TV
« Le racisme systémique est un véritable fléau de nos sociétés… Nos mécanismes institutionnels ne sont pas épargnés. »
Il ne suffit pas de dénoncer le racisme lorsqu’il se manifeste ouvertement. Il faut aussi regarder ce qui se joue dans les structures elles-mêmes.
Il ne suffit pas de dénoncer le racisme lorsqu’il prend la forme d’un comportement individuel ou d’une parole ouvertement discriminatoire. Il faut aussi regarder ce qui se joue dans les structures elles-mêmes, dans leurs habitudes, leurs catégories, leurs représentations et leurs manières de décider.
Car les institutions ne sont pas extérieures à la société. Elles peuvent elles aussi reproduire des rapports de pouvoir. C’est précisément là que se situe l’enjeu : comment agir sur ces mécanismes lorsqu’ils deviennent invisibles parce qu’ils sont inscrits dans les pratiques ordinaires ?
Une institution peut défendre l’égalité tout en étant elle-même traversée par les rapports de domination.
Cette question concerne directement les organisations engagées dans la transformation sociale. Une association, une institution publique ou un service social peut défendre l’égalité et lutter contre les discriminations tout en étant traversé par les rapports de domination. Il faut accepter de regarder ses propres pratiques, ses propres représentations et les rapports de pouvoir qui structurent l’organisation.
C’est dans cette perspective que ZIN TV fait de l’éducation aux médias et de la production collective d’images des outils de conscientisation. Les démarches développées par ZIN TV invitent à ne pas prendre les images, les récits et les discours pour des évidences. Ils sont produits dans des rapports sociaux, historiques et politiques qu’il faut apprendre à décoder. Ses outils pédagogiques travaillent notamment sur la représentation médiatique des personnes en séjour irrégulier, des jeunes des quartiers populaires ou encore sur les héritages coloniaux qui continuent de structurer les imaginaires.
L’approche est profondément pédagogique : regarder, questionner, mettre en mots, confronter les points de vue et comprendre ce que les images rendent visible ou invisible. L’objectif n’est pas simplement de transmettre un savoir sur le racisme, mais de donner aux personnes les moyens de devenir elles-mêmes capables d’identifier les mécanismes de domination et d’agir sur eux.
Regarder. Questionner. Mettre en mots. Confronter les points de vue. Comprendre ce que les images rendent visible — ou invisible.
À travers l’outil « Culture et pouvoir », cette démarche peut ainsi être transposée au fonctionnement même des organisations : qui produit les représentations ? Qui définit les normes ? Qui prend la parole ? Qui est entendu ? Qui reste à la marge ? Et surtout, comment éviter que les rapports de pouvoir présents dans la société ne se reproduisent derrière les murs des institutions ?
Qui produit les représentations ?
Qui définit les normes ? Qui prend la parole ? Qui est entendu ? Qui reste à la marge
Nous sommes invités à passer d’une lutte contre le racisme pensée comme une succession de « problèmes » individuels à une lecture structurelle des mécanismes de reproduction des inégalités. Il ne s’agit plus seulement de combattre les discriminations lorsqu’elles apparaissent, mais d’interroger les cadres qui permettent leur reproduction.
Faire de l’éducation un exercice de déconstruction du pouvoir.
Faire de l’éducation un exercice de déconstruction du pouvoir. Apprendre à lire une image, un discours ou une institution, c’est déjà commencer à reprendre prise sur le monde.
Chez ZIN TV, cette démarche s’appuie précisément sur une production collective des savoirs : plusieurs outils sont construits avec les personnes directement concernées, plutôt que simplement « sur » elles. Le travail mené autour des représentations médiatiques des jeunes des quartiers populaires, par exemple, a été coordonné par Sarah Bahja et construit avec des jeunes eux-mêmes.
Comprendre les mécanismes du racisme systémique, ce n’est donc pas seulement apprendre à les nommer. C’est apprendre à les voir là où ils deviennent ordinaires, y compris dans nos propres organisations, et se donner collectivement les moyens de les transformer.
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