PRODUCTIONS — UNIVERSITÉS D’ÉTÉ 2026 — TEXTES
Lundi 24 août 2026 · Jour 1
Cindy Meirsschaut — Il faut partir de la personne
Travailleuse sociale, pair-aidante auprès de différents publics fragilisés et responsable de la section Hainaut de l’asbl « Vie libre ».
« Tant que nous ne tiendrons pas compte des personnes concernées et de leurs environnements, nous ne pourrons pas être en connexion avec soi-même… »
Lorsque Cindy Meirsschaut prend la parole, elle ne commence pas par une définition. Elle commence par l’humain.
Travailleuse sociale, pair-aidante auprès de différents publics fragilisés, elle parle depuis un endroit particulier : celui où l’expérience personnelle, le vécu des personnes accompagnées et l’expérience professionnelle finissent par se rencontrer.
« Tant que nous ne tiendrons pas compte des personnes concernées et de leurs environnements, nous ne pourrons pas être en connexion avec soi-même… ». Tout est là.
Pour Cindy, on ne peut pas comprendre une personne en la séparant de ce qu’elle vit. Derrière une addiction, une situation de sans-abrisme, une rupture ou une fragilité apparente, il y a toujours une histoire. Il y a un environnement, des relations, des blessures, des contraintes, mais aussi des ressources et des stratégies que le professionnel ne voit pas nécessairement au premier regard.
Ne plus regarder uniquement ce qui ne vas pas chez la personne, mais chercher à comprendre ce qui lui arrive.
Elle invite alors à changer de focale. Ne plus regarder uniquement ce qui ne va pas chez la personne, mais chercher à comprendre ce qui lui arrive. Ne plus demander seulement pourquoi elle ne parvient pas à entrer dans le dispositif, mais se demander aussi si le dispositif est réellement construit pour elle.
Son propre parcours donne du poids à cette réflexion. Cindy sait ce que signifie traverser la précarité et connaître la rue. Elle sait aussi ce que signifie être regardée à travers une catégorie, une difficulté ou un dossier. Mais elle sait surtout ce que l’on peut faire de cette expérience lorsqu’elle devient un savoir transmissible et une capacité à accompagner les autres.
C’est précisément ce que la pair-aidance vient bouleverser. La personne qui a vécu n’est plus seulement celle qui reçoit de l’aide. Elle peut devenir celle qui aide à comprendre. Son expérience devient une expertise. Elle peut permettre au professionnel de voir autrement une situation qu’il croyait pourtant connaître.
« Son expérience devient une expertise. »
Cindy insiste ainsi, à travers son expérience, sur la nécessité de ne pas juger trop vite les comportements. Dans la rue, notamment, certains choix qui peuvent sembler incompréhensibles depuis l’extérieur prennent un autre sens lorsqu’on connaît l’environnement dans lequel ils sont posés. Se protéger, trouver un endroit où dormir, s’appuyer sur quelqu’un, éviter une institution ou renoncer à certaines démarches peuvent parfois relever moins du choix que de la nécessité.
Alors le regard change.
Et avec lui, la posture professionnelle.
Il ne s’agit plus seulement de demander à la personne de s’adapter au système. Il faut aussi accepter de regarder ce que le système produit, ce qu’il empêche et ce qu’il pourrait transformer.
Dans son engagement au sein de Vie Libre, Cindy retrouve cette même importance du lien. La parole, l’écoute, le groupe et l’entraide permettent de sortir de l’isolement et de retrouver progressivement une place. Le collectif devient un espace où l’on peut être reconnu sans être réduit à sa difficulté.
Sommes-nous réellement prêts à entendre ce que les personnes concernées ont à nous apprendre ?
Car reconnaître le savoir expérientiel, ce n’est pas simplement donner la parole. C’est accepter que cette parole puisse déplacer nos certitudes, questionner nos pratiques et parfois mettre l’institution elle-même face à ses propres limites.
Cindy Meirsschaut nous rappelle ainsi que la pair-aidance constitue une autre manière de regarder l’autre. Une manière de se souvenir que derrière chaque « bénéficiaire », chaque « personne fragilisée », chaque « parcours difficile », il y a d’abord une personne qui sait quelque chose de sa propre vie que personne d’autre ne pourra jamais savoir à sa place. Et que c’est peut-être à partir de cette reconnaissance que peut commencer une véritable rencontre.
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