
07.09.2026. La Belgique se dote d’un cadre interfédéral destiné à structurer la lutte contre le racisme pour la période 2026-2030.
Mais qu’est-ce que ce plan va réellement déplacer ? Les discriminations que l’on ne signale pas ? Les humiliations ou les micro-agressions devenues ordinaires ? Les mécanismes qui produisent de l’inégalité sans qu’aucun acteur ne se pense lui-même comme raciste ? Car le racisme ne se résume pas aux insultes, aux discours de haine ou aux comportements ouvertement discriminatoires. Il se loge aussi dans des procédures, des habitudes, des catégories administratives, des représentations.
C’est là que l’antiracisme devient une question politique. Le racisme n’est pas seulement affaire de préjugés individuels. Il est aussi affaire de pouvoir et de mécanismes structurels.
L’exigence politique est de documenter les discriminations, responsabiliser les institutions, renforcer le monitoring, donner des moyens aux acteurs de terrain et associer réellement les personnes concernées aux décisions.
Le risque politique serait en effet de produire un plan de plus : des réunions, des groupes de travail, des indicateurs, des rapports et au bout du compte….
Nous devons résister à cette tentation de la gestion administrative de l’antiracisme. Compter les actions ne suffit pas.
En 2030, il faudra pouvoir répondre à des questions simples : les discriminations à l’emploi ont-elles reculé ? L’accès au logement s’est-il amélioré ? Les victimes sont-elles mieux protégées ? Les institutions ont-elles changé leurs pratiques ? Quid des personnes concernées.
Un plan antiraciste ne devrait pas seulement modifier les discours. Il doit modifier les rapports de pouvoir.
C’est aussi pourquoi le terrain ne peut être convoqué uniquement pour « faire remonter les réalités ». Il doit participer à la définition des problèmes, des priorités et des solutions.
La diversité n’est pas une théorie. Elle n’est pas un nouveau paradigme. Elle est une histoire sociale. Notre responsabilité n’est pas de célébrer cette diversité mais de travailler à ce qu’elle ne devienne pas une nouvelle manière de naturaliser, de normaliser, les inégalités.
L’interculturalité n’a de sens que si elle produit davantage d’égalité. Le Plan interfédéral 2026-2030 constitue donc une opportunité. Mais aussi une épreuve.
Nous n’avons pas besoin de promesses supplémentaires. Nous avons besoin d’objectifs, de moyens et de résultats.
Car au fond, la question n’est pas de savoir si la Belgique possède désormais un plan contre le racisme.
La question est de savoir si ce plan sera capable de déplacer les choses. Et c’est à cela que nous le jugerons.
Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi






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