
25 juillet
L’art de déplacer le centre
La cartographie du visible se dessine dans les calendriers officiels ! En effet, certaines « journées officielles » célèbrent des « évidences ». D’autres « journées » rendent enfin perceptibles celles et ceux que l’histoire a voulu maintenir dans ses « marges ».
La Journée internationale des femmes afro-descendantes et de leurs diasporas appartient à cette seconde catégorie. Cette « journée » ne constitue pas seulement un moment de reconnaissance. Cette journée invite à interroger les cadres à partir desquels nous établissons nos critères de « reconnaissances ». Car, c’est un fait, les femmes afro-descendantes occupent le croisement des héritages coloniaux, des circulations transatlantiques et des résistances. Or, l’histoire est un mouvement, une manière d’habiter le monde et de dire le réel. Et, les diasporas déjouent ces frontières de l’« Histoire ». L’histoire que la colonisation a voulu graver dans le marbre. Les diasporas, elles, rappellent que les identités sont multiples et en relation.
Spécifiquement les femmes …. portent cette expérience à une intensité particulière. Spécifiquement elles… connaissent les effets cumulés du racisme, du sexisme et des discriminations. Pourtant, réduire leur existence à l’accumulation de vulnérabilités reviendrait à reproduire ce regard qui les enferme plutôt que ce regard qui reconnaît leur pouvoir d’agir.
A côté de cela, les trajectoires de ces femmes inspirent … Elles racontent l’invention de nouveaux espaces de liberté. Elles créent des associations, des entreprises ou des collectifs.
Elles élaborent des savoirs situés qui éclairent les défis du quotidien et déplacent notre manière de produire la connaissance. Car longtemps, ce sont les récits des « dominants » qui ont parlé des femmes afro-descendantes.
Aujourd’hui, il importe d’écouter les choses depuis les expériences de ces femmes et de leurs imaginaires. C’est précisément ce déplacement du regard qui transforme le monde.
Les héritages nous enseignent qu’une mémoire vivante ne consiste pas à répéter le passé mais à ouvrir des futurs. Les blessures du racisme et du colonialisme continuent de traverser nos sociétés. Les reconnaître ne signifie pas s’y enfermer. Mais cela permet au contraire de construire des politiques qui profitent à l’ensemble de la collectivité.
Ces questions nous concernent directement. Les diasporas contribuent à fabriquer un commun qui ne repose pas sur l’effacement des différences mais sur leur mise en relation.
Aujourd’hui, cette journée nous rappelle enfin qu’aucune émancipation n’est isolée. Les combats contre le racisme, contre le sexisme, contre les discriminations ou les héritages coloniaux se répondent. Dès lors, chaque expérience particulière élargit notre compréhension de l’universel.
Célébrer les femmes afro-latines, afro-caribéennes et leurs diasporas, c’est reconnaître des actrices qui déplacent les lignes, recomposent les récits et inventent de nouvelles formes de coexistence. Elles nous rappellent que les « marges » sont souvent les lieux où s’écrivent les futurs.
À l’heure où les replis identitaires cherchent à simplifier le monde, leurs parcours témoignent que la pluralité est une énergie vitale. Reconnaître cette richesse, c’est accepter que le commun ne soit jamais figé. Le commun se construit dans la capacité de laisser les voix minorées transformer notre manière d’habiter ensemble le monde.
Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi


![[JOURNÉE MONDIALE] Femmes et filles d’ascendance africaine : 25 juillet](https://www.cricharleroi.be/wp-content/uploads/2026/07/25-juillet-femmes-filles-ascdance-africaine-scaled-90x75.png)



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