
Lula et Bolsonaro : l’étranger : miroir révélateur des choix politiques
Et si les personnes étrangères étaient le miroir et le révélateur de nos choix politiques. Un cas d’école : Lula VS Bolsonaro. Alors ? L’étranger : une menace à contenir, une population à contrôler ou des personnes porteuses de droits. La politique migratoire dit finalement beaucoup moins des étrangers que de la société qui les accueille.
Le Brésil en offre une illustration à travers les présidences de Bolsonaro et de Lula. Deux visions du monde, deux manières de concevoir la place de l’étranger et deux façons de définir les responsabilités de l’État.
Sous Bolsonaro, entre 2019 et 2022, la politique migratoire s’est inscrite dans une lecture sécuritaire. Le retrait du Pacte mondial des Nations unies sur les migrations, dès janvier 2019, en fut le symbole. L’étranger était davantage envisagé à travers les impératifs de contrôle et de sécurité. L’histoire est toutefois moins linéaire qu’il n’y paraît. Son gouvernement a maintenu et facilité la reconnaissance collective du statut de réfugié. Une protection qui a aussi été favorisée par l’opposition idéologique avec le Venezuela de Maduro. Autrement dit, cette hospitalité soudaine pouvait aussi se révéler animée par des intérêts géopolitiques.
Avec le retour de Lula en 2023, le référentiel change. Les droits humains, la coopération internationale et l’inclusion sociale retrouvent une place centrale. Mais le changement le plus significatif est dans la volonté de passer d’une gestion des urgences à une véritable politique publique.
La loi brésilienne sur les migrations avait déjà posé des principes ambitieux de non-discrimination et d’égalité de traitement. Toutefois, Lula a entrepris de leur donner une traduction institutionnelle. Cette politique a ouvert la voie à une politique nationale des migrations, du refuge et de l’apatridie. Une architecture inclusive qui entend articuler les différents niveaux de pouvoir, les services publics, les associations et les personnes migrantes elles-mêmes.
La nuance est importante. Lula n’a pas inventé le droit à la protection. Et c’est là tout l’intérêt de son approche, il a tenté de faire de ce droit une politique organisée, transversale et participative. Il restait, bien sûr, à transformer les intentions en moyens et les principes en accès effectif aux droits.
Car c’est bien là que se joue la différence. Gouverner les migrations, ce n’est pas seulement décider qui entre et qui reste. C’est aussi déterminer qui mérite protection, quels droits deviennent accessibles et quelle place est accordée à celles et ceux qui arrivent.
L’hospitalité se heurte toujours aux règles, aux frontières et aux conditions posées par celui qui accueille. Mais cette tension ne dispense jamais de faire un choix politique. La souveraineté peut servir à organiser l’accueil. La souveraineté peut aussi devenir le prétexte à rendre les droits… conditionnels.
Cette distinction n’est pas théorique. Accueillir ne consiste pas simplement à mettre à l’abri, régulariser un séjour ou accompagner individuellement. C’est rendre les droits accessibles, lutter contre les discriminations, soutenir l’autonomie et reconnaître aux personnes leur capacité à prendre part à la vie collective.
Nous le savons, l’intégration est une démarche bilatérale. L’intégration ne peut être une injonction faite aux seuls nouveaux arrivants. Elle suppose également une société prête à se transformer.
Au fond, la question n’est pas de savoir qui nous autorisons à franchir nos frontières. Elle est de savoir quelle place nous sommes prêts à conférer à celles et ceux qui les ont franchies.
Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi





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