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SAUDADE #92 : Une question d’immigration ? Quand l’émeute fait écran à la question sociale.

Une question d’immigration ?  Quand l’émeute fait écran à la question sociale.

Criminalité et immigration.  On en parle ?  Après chaque émeute, le même rituel se répète…  Les images tournent en boucle, les plateaux télés s’enflamment et l’immigration revient toujours sur le banc des accusés. Comme si l’origine des personnes pouvait expliquer la violence. Comme si désigner une population permettait de comprendre un phénomène social.

Or, une émeute ne surgit jamais dans le vide. Elle prend place dans un contexte d’inégalités, de relégation, de défiance et de rapports parfois dégradés entre les jeunes, les institutions et les forces de l’ordre.

Réduire ce sujet à une question migratoire, c’est confondre ce qui se voit et… ce qui se joue.

Il ne s’agit pas ici de nier les violences ni les responsabilités individuelles.

Il s’agit plutôt d’interroger également les conditions sociales dans lesquelles elles émergent, les mécanismes d’exclusion et les processus qui conduisent certains groupes à être davantage surveillés, désignés et sanctionnés que d’autres.  Pourquoi les journalistes filment-ils toujours aux mêmes endroits des poubelles qui crament ?

Les recherches académiques n’ont jamais démontré qu’une hausse de l’immigration entraîne une hausse de la criminalité. Elles invitent plutôt à examiner les inégalités sociales.

Je me rappelle de Michel Foucault qui nous apprenait que le pouvoir ne se contente pas de réprimer, il produit aussi des catégories, désigne des populations dangereuses et définit celles qu’il convient de surveiller (et punir).

À force d’associer immigration, insécurité et désordre, une hypothèse politique finit par prendre l’apparence d’une évidence. Les faits divers deviennent des preuves, les images des démonstrations.

Apporter de la nuance ou dévoiler les discours mystificateurs serait-il une faiblesse ?

Combattre la désinformation est indispensable. Mais répondre aux préjugés sans interroger le cadre stéréotypé risque de conforter les catégories mêmes que l’on cherche à déconstruire.

Ainsi, pourquoi faudrait-il toujours demander aux personnes étrangères de prouver qu’elles ne constituent pas une menace ?

Dans un contexte de durcissement des politiques migratoires, cette question est éminemment politique. Désigner l’immigration comme cause de l’insécurité permet de donner un visage à des inquiétudes complexes et de détourner le regard des fractures sociales. Le risque est alors de produire davantage de défiance, d’éloignement des institutions et de relégation.

Au CRI Charleroi, nous savons que l’intégration se construit dans l’accès aux droits, à l’égalité de traitement, la participation citoyenne et la reconnaissance de chacun comme acteur de la société. Cela exige notamment des services publics accessibles et des associations soutenues de manière structurelle. Autant de leviers moins spectaculaires que la répression.

Il ne s’agit pas d’excuser les violences. Il s’agit de refuser qu’elles servent à fabriquer des boucs émissaires. Une société doit pouvoir condamner des actes sans assigner toute une population au soupçon perpétuel.  L’émeute est un événement.  Nous voulons en réprimer les manifestations ou comprendre ce qui la rend possible.

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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