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SAUDADE #84 : 21 juillet : la Belgique : un modèle inachevé ou un modèle à achever ?

Le 21 juillet : la Belgique : un modèle inachevé ou un modèle à achever ?

Chaque fête nationale raconte un récit sur elle-même. Elle institue une mémoire, une communauté et une identité. Pourtant, la Belgique semble toujours résister à cette conception.

Dans un monde obsédé par les identités closes, la Belgique demeure un étrange objet politique. La Belgique constitue un assemblage. La Belgique est une composition d’histoires, de langues, d’institutions et d’affects. Sa force ne réside pas dans l’unité mais dans la coexistence de différences.

La nation n’est pas une donnée naturelle.  La nation est le produit de dispositifs qui fabriquent des sujets et des appartenances. Le défilé, les discours, les hymnes, les drapeaux sont les instruments d’une collectivité qui se représente elle-même.

Mais là où d’autres États cherchent à naturaliser ou sacraliser leur récit national, la Belgique expose son caractère construit. Son identité ne s’impose jamais comme une évidence. La Belgique demeure un objet permanent de négociation. Cette fragilité n’est pas une faiblesse mais sa plus grande ressource.

La Belgique est un laboratoire politique. La Belgique ne cesse de différer sa propre définition. Elle habite un entre-deux. La Belgique déconstruit continuellement son récit fondateur.

Dans une époque où les grands récits ont perdu leur pouvoir de légitimation, le modèle belge ne promet ni unité parfaite, ni homogénéité culturelle, ni destin historique. Il organise la pluralité.

Cette pluralité de superposition des niveaux d’identification empêche toute fixation définitive du sujet « Belgique ». C’est cette incomplétude qui rend possible le lien interculturel.

Les mythologies nationales cherchent toujours à transformer l’histoire en nature. La Belgique accomplit le mouvement inverse.  Elle rappelle que toute nature nationale est une histoire. Elle est une construction.

Les compromis institutionnels belges, souvent caricaturés pour leur complexité, sont aussi des mécanismes de redistribution. Ils traduisent qu’aucune domination ne peut durablement s’imposer. La négociation devient norme. La négociation est une institution.

La Belgique entretient avec ses propres symboles une distance singulière. L’imaginaire belge préfère Magritte au dogme. 

Le 21 juillet, ceux qui n’ont pas la parole viennent achever, reconfigurer, l’«Être belge » qui ne signifie peut-être pas partager une même origine mais qui signifie accepter de construire continuellement un espace commun sans jamais abolir les différences qui le composent.

À l’heure où le repli identitaire se développe, nous montrons qu’une nation peut exister sans prétendre à l’uniformité. Un État peut être stable sans être figé.

Le 21 juillet célébrons l’idée que l’unité n’est pas une donnée mais un construit car après tout, nous le savons tous : « Ceci n’est pas un pays ».

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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