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17 mars : Journée internationale du travail social

Journée internationale travailleurs sociaux

À l’occasion de la Journée internationale du travail social, nous souhaitions prendre un moment pour nous, qui sommes chaque jour au cœur de l’accueil, de l’écoute et de l’accompagnement des personnes étrangères. Notre engagement se déploie aujourd’hui dans un contexte particulièrement éprouvant.  Ce que nous portons au quotidien dépasse largement ce que les dispositifs actuels permettent réellement de soutenir. Nous faisons l’expérience, très concrète, de ce décalage entre les cadres institutionnels et la réalité des vies que nous rencontrons.

Aujourd’hui, la politique migratoire s’inscrit dans un mouvement de durcissement qui impacte directement nos pratiques. Les cadres évoluent, les règles se complexifient, et les logiques de contrôle prennent de plus en plus de place, au détriment de l’accompagnement. Nous sommes ainsi confrontés à des injonctions contradictoires, devant concilier une exigence d’accueil digne avec des marges de manœuvre de plus en plus restreintes. Ce déplacement progressif vers des dispositifs de contrôle n’est pas sans effet : il transforme nos pratiques, redéfinit nos places, et tend parfois à réduire les personnes à des statuts administratifs. Malgré cela, nous continuons à faire vivre une approche profondément humaine.

La crise de l’accueil n’a rien d’abstrait. Elle se traduit par des personnes laissées sans solution, des délais qui s’allongent et la précarité qui s’installe. Derrière ces réalités, il y a des visages, des histoires, des parcours que nous ne pouvons pas réduire à des procédures. Nous sommes précisément à cet endroit où les politiques publiques rencontrent des existences singulières. Et cela a un coût professionnel, éthique, mais aussi humain.  Nous sommes exposés à des formes de vies suspendues aux décisions administratives.

Notre travail est aujourd’hui traversé par des tensions profondes.  Nous sommes amenés à accompagner sans avoir les moyens d’accueillir réellement et soutenir sans pouvoir garantir l’effectivité des droits. Nous sommes amenés à orienter sans solution, à expliquer des décisions difficiles.

Pourtant, nous continuons à être présents, à tenir le cadre, à soutenir les personnes. En ce sens, notre travail ne consiste pas seulement à appliquer des dispositifs, mais à préserver des espaces où les personnes sont des sujets.

Il est important de rappeler que ce que nous faisons compte. Chaque accueil contribue à maintenir une attention à la dignité des personnes, à reconnaître leurs parcours et leurs vulnérabilités. Dans un contexte où les politiques publiques tendent parfois à invisibiliser ou à réduire les personnes à des chiffres, nous continuons à faire exister une approche fondée sur le respect et l’humanité. Nous participons ainsi, à notre échelle, à faire vivre des droits qui ne tiennent pas seulement dans les textes, mais dans leur mise en œuvre concrète.

Dans la période actuelle, notre vigilance est essentielle. Elle consiste notamment à ne pas banaliser certaines évolutions préoccupantes : le non-accueil, la mise à l’écart de certains publics, ou encore la réduction du travail social à des fonctions de tri et de contrôle. Car lorsque ces logiques deviennent ordinaires, elles redéfinissent en profondeur ce que signifie accueillir, accompagner ou reconnaître une personne. Notre vigilance est donc aussi une manière de préserver le sens de notre métier.

Les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ne relèvent pas de responsabilités individuelles. Elles sont structurelles et liées à des choix politiques et organisationnels qui dépassent le cadre de notre action. Dans ce contexte, la question du soutien, de la reconnaissance et des moyens reste centrale, car elle conditionne la possibilité même de continuer à exercer un travail social qui ne renonce pas à ses principes.

En cette Journée internationale du travail social, il ne s’agit donc pas seulement de mettre en lumière une profession, mais bien de reconnaître une présence essentielle dans un moment où les équilibres sont fragilisés. Malgré les contraintes et les tensions, nous continuons à faire vivre une pratique qui refuse de réduire les personnes à leur statut, qui résiste aux logiques de pure gestion, et qui maintient, envers et contre tout, une attention à l’humain. Et cela mérite d’être pleinement reconnu.

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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