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SAUDADE #76 : Coupe du monde 2026 : le football mondial à l’épreuve des frontières

Coupe du monde 2026 : le football mondial à l’épreuve des frontières

À première vue, la Coupe du monde 2026 apparaît comme une célébration planétaire du football. Mais, à y regarder de plus près, ce Mondial constitue également un observatoire privilégié des transformations contemporaines des sociétés.

Les rapports entre football, migration, racisme et antiracisme invitent précisément à dépasser la lecture purement sportive de l’événement.  Le football constitue aujourd’hui un espace central où se jouent les tensions liées à la mobilité humaine, à la diversité culturelle et à la redéfinition des appartenances collectives.  La Coupe du monde peut être envisagée comme un immense laboratoire des identités contemporaines. Les catégories nationales qui structurent la compétition semblent, en effet, de moins en moins correspondre aux trajectoires réelles des joueurs. De nombreux internationaux possèdent des histoires familiales traversant plusieurs continents.  Certains sont nés dans un pays et représentent celui de leurs parents. La présence de frères jouant pour des sélections différentes illustre parfaitement cette complexité des appartenances.

La Coupe du monde, les hymnes, les drapeaux, les maillots et les récits médiatiques construisent l’illusion d’une correspondance naturelle entre nation, territoire et population. Pourtant, les trajectoires migratoires des joueurs révèlent constamment les failles de cette représentation.

Derrière chaque équipe nationale se cache une identité différée, toujours inachevée, traversée par l’altérité. Les sélections contemporaines incarnent moins des essences nationales que des assemblages mouvants de parcours, de langues et de mémoires.

Les équipes africaines mobilisent leurs diasporas européennes.  Les sélections nord-américaines reflètent les réalités multiculturelles de leurs sociétés.  Certaines nations deviennent même des symboles transnationaux dépassant largement leurs frontières étatiques. L’expérience du Maroc depuis 2022 montre comment une équipe peut devenir une référence pour des populations dispersées à travers plusieurs continents.

Mais cette mondialisation du football ne supprime pas les rapports de pouvoir.  Les questions de racisme, de discrimination et d’exclusion continuent de structurer profondément l’univers footballistique. Les débats sur les politiques migratoires des pays organisateurs ou sur les conditions d’accès au territoire pour certains acteurs du tournoi montrent que la circulation globale reste fortement hiérarchisée.

La Coupe du monde 2026 apparaît ainsi comme une scène paradoxale. D’un côté, elle célèbre la mobilité, la diversité et les circulations mondiales. De l’autre, elle rappelle la persistance des frontières, des inégalités de mobilité et des logiques d’exclusion.

Le Mondial nous offre finalement un miroir particulièrement éclairant. Il montre que les identités contemporaines ne sont ni fixes ni homogènes. Elles se construisent dans la rencontre, le déplacement et l’hybridation. Le football devient un terrain privilégié pour comprendre les mutations du monde social.

Dans cette perspective, la Coupe du monde 2026 est aussi un récit global de la mobilité humaine, de la diversité et des nouvelles formes d’appartenance.

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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