
Ensemble face aux défis du secteur de l’intégration. Pour une politique de l’émancipation
Le secteur de l’intégration et de l’insertion socioprofessionnelle traverse aujourd’hui une période de turbulences majeures. Mais au-delà des contraintes budgétaires et des réformes administratives, c’est une certaine conception du lien social qui se joue. Toute réforme institutionnelle redéfinit silencieusement qui mérite l’accompagnement, sous quelles conditions, et selon quelles normes.
Les récentes réformes gouvernementales, par leur ampleur et leur direction, ne se contentent pas de restructurer un secteur. Ces réformes redessinent les cadres de reconnaissance. En durcissant les critères d’accès, en conditionnant davantage les parcours, elles installent une manière de transformer des inégalités sociales en insuffisances individuelles.
Au CRI Charleroi, nous observons avec inquiétude l’impact concret de ces décisions. Les Initiatives Locales d’Intégration (ILI) sont touchées de plein fouet. Nous tenons à exprimer un soutien particulier à la FUNOC, partenaire historique. Comme tant d’autres associations, elle se trouve confrontée à une précarisation qui dépasse la simple gestion budgétaire. C’est la continuité même de l’accompagnement qui est fragilisée.
Nos structures ne sont pas de simples prestataires de services. Elles constituent un écosystème où se tissent reconnaissance, savoirs situés et capacités d’agir. Notre réseau forme un ensemble de relations vivantes qui produit des possibilités nouvelles pour celles et ceux que l’ordre social tend à assigner à la marge.
Pour les stagiaires, les réformes risquent de renforcer une logique de normalisation, là où nos dispositifs cherchent au contraire à ouvrir des trajectoires singulières. L’émancipation ne se décrète. Elle se construit dans des espaces de confiance.
Pour les travailleurs, la précarisation des financements fragilise une expertise accumulée au fil des années. Or, nos institutions reposent sur une promesse d’un accueil inconditionnel et d’un accompagnement digne. Affaiblir les équipes, c’est fissurer cette promesse.
Pour le territoire, sans des structures fortes comme la FUNOC et l’ensemble des ILI, c’est la cohésion sociale de toute la région de Charleroi qui est en jeu. L’intégration est un investissement symbolique et matériel dans la possibilité même du commun.
Le CRI Charleroi reste mobilisé aux côtés de la FUNOC et de chaque partenaire du secteur. Refuser l’affaiblissement de ces outils d’insertion, ce n’est pas défendre un statu quo administratif mais plutôt défendre une certaine idée de la société.
Face à une rationalité gestionnaire qui tend à réduire l’accompagnement à des indicateurs de performance, nous affirmons que l’intégration est d’abord une relation. Une relation qui reconnaît la dignité des parcours, la complexité des situations et la richesse des différences.
La solidarité entre nos institutions n’est pas une option. Cette solidarité constitue une forme de résistance constructive. Ensemble, nous continuerons à porter la voix du secteur pour que chaque citoyen, quel que soit son parcours, puisse bénéficier d’un accompagnement digne, exigeant et profondément humain.
Car nous défendons la possibilité pour chacun de devenir sujet de sa propre histoire et non simple objet de politiques publiques.
Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi






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