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SAUDADE #58 : Éduquer, c’est aussi rendre visibles ce que l’on préfère taire

Éduquer, c’est aussi rendre visibles ce que l’on préfère taire

Ce samedi 24 janvier, nous célébrons la Journée internationale de l’éducation. Une date qui ne saurait se limiter à une célébration consensuelle de l’école ou du savoir, mais qui invite à interroger ce que signifie réellement « éduquer » dans un monde traversé par les inégalités, les frontières et les silences organisés.

L’éducation est toujours un espace de production de récits. Certains y sont reconnus comme légitimes, universels, évidents.  D’autres restent en marge, relégués à l’invisible. Éduquer, ce n’est donc pas uniquement transmettre des connaissances.  C’est opérer des choix, consciemment ou non, sur ce que l’on donne à voir, à comprendre, à ressentir. C’est aussi décider des expériences humaines qui méritent d’être pensées collectivement.

Dans ce contexte, les pédagogies immersives, coopératives et critiques ouvrent des pistes essentielles. Elles déplacent le regard, rompent avec une approche strictement abstraite ou moraliste.  Elles permettent également de saisir les réalités sociales à partir des vécus, des trajectoires et des rapports de pouvoir qui les structurent.

Des outils comme « Les routes de la honte », développé par la Croix-Rouge, s’inscrivent dans cette dynamique.  Cet outil pédagogique est conçu tel un support parmi d’autres pour interroger les parcours migratoires contemporains autrement.

Ce type de démarche pédagogique ne vise pas uniquement à « informer sur » la migration. Il invite à expérimenter, collectivement, ce que signifie être pris dans des trajectoires contraintes : quitter un pays, traverser des frontières, affronter l’arbitraire, l’incertitude, la violence institutionnelle.

Les obstacles rencontrés, fermetures de frontières, crises sanitaires, contrôles, mises en danger, apparaissent alors comme les effets de choix politiques, de dispositifs de contrôle et de rapports de domination bien réels.

En plaçant la coopération et la solidarité au cœur de l’expérience, il est possible de déconstruire l’imaginaire individualisant et culpabilisant qui pèse trop souvent sur les personnes migrantes. Il est possible de rendre une lecture plus structurelle, plus politique, plus humaine des migrations, en réinscrivant les trajectoires individuelles dans des cadres collectifs et systémiques.

À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, il est essentiel de rappeler que l’éducation doit être un espace de mise en question des évidences. Un lieu où l’on apprend à voir autrement, à écouter autrement, à se situer autrement face à l’Autre. Un lieu où les récits dominants peuvent être interrogés, fissurés, déplacés.

Parce qu’éduquer, ce n’est pas seulement transmettre des savoirs. C’est aussi ouvrir des brèches dans les discours établis, afin que celles et ceux que l’on réduit trop souvent à des chiffres, des flux ou des problèmes puissent redevenir des sujets à part entière.

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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« Les routes de la honte », développé par la Croix-Rouge est conçu tel un support parmi d’autres pour interroger les parcours migratoires contemporains autrement : https://youtu.be/FID97PdfwrE

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