📽️ [Ciné-club] La dernière rive

LA DERNIÈRE RIVE
Janvier 2017, Pateh Sabally se noie dans le Grand Canal de Venise, sous les yeux amusés ou vaguement irrités de centaines de passants. L’un d’eux filme l’instant et enregistre les invectives racistes qui accompagnent le dernier naufrage du jeune Gambien depuis le hors-champ.
La vidéo fera le tour de la Toile. Partant de cette séquence, le cinéaste Jean-François Ravagnan s’attelle à la construction d’un autre hors-champ, pétri d’humanité celui-là : une mère, un père, un frère, restés au pays, qui continuent à vivre, dans la douleur et dans l’espoir…
La question du visible est au cœur de La Dernière Rive dès les premières secondes du film. Après nous avoir confronté·es à la vidéo enregistrée depuis les abords du Grand Canal, le cinéaste nous montre les lieux. On reconnaît Venise. Mais l’image reste floue. Le projet du documentaire est ainsi posé : regarder au-delà des images trop vues. Partant d’une Europe où voir le réel semble devenu si difficile, le film fait en effet le choix de s’éloigner pour reconstituer un hors-champ altruiste cette fois.
Mais plutôt que d’élucider les circonstances de la mort de Pateh, qui en rappellent tout autant la cause, le cinéaste belge, nous ouvre les yeux sur ce que la vidéo n’a pas montré. Une mère, un père, un frère qui rappellent l’évidence : « Avec 200 personnes autour de lui, Pateh n’aurait pas dû se noyer. »
À travers tout le processus du film Jean-François Ravagnan sera en interminable questionnement :
« Quand on a fini La Dernière Rive, je me suis tourné vers le monteur et je lui ai dit : Ce film est une longue prière. Comment faire sépulture dans un monde déshumanisé ou en voie de déshumanisation ? Comment donner mémoire à ceux qui n’en ont pas ? Pateh a été filmé, on fait un film sur lui, mais qu’en est-il de toutes celles et tous ceux pour lesquels il n’y aura pas de mémoire, pas de sépulture ?
Le processus de création du film a été d’une profonde réflexion.
De nombreuses personnes m’ont déconseillé d’aller jusqu’au bout de ce film, en me demandant ce que j’allais apporter à la famille de Pateh. Cette question éthique, elle était là tout le temps.
Avec le monteur, ça a été aussi très compliqué de travailler cette matière pendant de longues années. Mais il n’y avait rien à faire, j’avais envie d’aller jusqu’au bout, de finir ce film.
La question du consentement s’est posée jusqu’à la fin parce qu’on s’est demandé si on allait inclure ou non la vidéo de la noyade. C’était l’élément premier, le choc premier, la colère première. La famille a tranché, les proches de Pateh ne voulaient pas la voir. Ils m’ont dit : « Jean-François, toi, tu sais, toi, tu as vu les images, est-ce que tu peux nous les décrire ? ». Je l’ai fait et j’ai dit que j’aimerais utiliser la vidéo dans le film. Ils m’ont répondu : « On te fait confiance, utilise-la. Fais ce que tu crois juste ! ». À plusieurs reprises, je leur ai proposé de voir des versions de travail, et ils m’ont dit : « Quand ce sera terminé, reviens au village, on regardera le film avec toi ».
Cette confiance, c’est le cœur du film.
Aujourd’hui, le film est terminé et j’aimerais pouvoir m’effacer. Le film doit vivre par lui-même, servir de support à d’autres discussions, dans les écoles, les associations, les lieux d’écoute…
Nous sommes tous concernés et nous ne pouvons pas rester passif par rapport à ces terribles drames qui se déroulent sous nos yeux…
Jean-François Ravagnan
INSCRIPTION OBLIGATOIRE par e-mail inscription@cricharleroi.be


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