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SAUDADE #67 : Les frontières invisibles de la lutte contre le racisme

Le 21 mars marque la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Une date instituée pour rappeler une violence qui agit comme un miroir tendu à nos sociétés.

La discrimination raciale ne relève pas seulement d’actes explicitement haineux.  Le racisme se loge dans les mécanismes silencieux, dans des frontières invisibles qui organisent l’accès aux droits et à la reconnaissance.

Penser cette journée depuis le CRI Charleroi impose de considérer que la discrimination raciale ne peut être comprise sans analyser la manière dont l’État produit des catégories. Nommer « migrant », « intégré », « primo-arrivant » ou « étranger » n’est jamais neutre.  Ces mots organisent des degrés de légitimité et des temporalités d’appartenance. Ils fabriquent des seuils qui deviennent souvent des frontières symboliques plus puissantes que les frontières géographiques elles-mêmes.

Notre pays affirme un modèle démocratique fondé sur l’égalité et les droits fondamentaux.  Or nous voyons émerger des discours délétères, alimentés par les transformations économiques et les recompositions politiques. Le débat public devient suspicion diffuse.

Mais la discrimination raciale ne surgit pas uniquement dans les discours extrêmes. Elle apparaît aussi dans les frictions politiques ou dans la surreprésentation de certains publics face à la précarité. La discrimination se manifeste lorsque l’origine devient une hypothèse explicative automatique des inégalités sociales.

C’est ici que notre travail au CRI Charleroi, prend une dimension politique.  Nous avons appris à nous méfier des évidences. Les identités ne sont pas fixes, les catégories ne sont pas naturelles, et le pouvoir circule dans les pratiques quotidiennes autant que dans les lois.

Penser la lutte contre le racisme aujourd’hui suppose donc de déplacer la question. Il s’agit non seulement de combattre les préjugés et stéréotypes mais également d’interroger les structures dans l’émergence de distinctions et de hiérarchisations.

Notre écosystème nous offre paradoxalement une ressource précieuse. 1886 et notre histoire ouvrière et migratoire nous rappelle que l’identité locale s’est toujours construite par l’accueil et la transformation réciproque. Les vagues migratoires successives n’ont pas altéré notre territoire.  Elles l’ont constitué.

La diversité n’est pas une exception récente.  À l’heure où les débats sur l’asile et l’accès aux droits sociaux s’intensifient, le risque serait de réduire la migration à une question de gestion. Or, gouverner uniquement par la gestion produit de la distance et de la peur.

La lutte contre la discrimination raciale exige une politique de la relation aux espaces où les rencontres sont des pratiques sociales concrètes. 

La lutte contre le racisme suppose également de reconnaître les savoirs, de valoriser les profils et compétences, de lever les freins à l’émancipation.

Le 21 mars devrait être une invitation à examiner ce que nos institutions rendent possible et ce qu’elles empêchent.  L’égalité n’est jamais acquise.  L’égalité se fabrique dans les politiques publiques, dans les pratiques professionnelles et dans les imaginaires sociaux.

Face aux crispations identitaires qui traversent l’Europe, la véritable question est : quelle société construisons-nous lorsque certains restent durablement perçus comme des étrangers, des autres ?

Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi

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