
Le 20 février, la Journée mondiale de la justice sociale nous invite à revenir sur une question simple : qu’est-ce qu’une société juste aujourd’hui ?
Au CRI Charleroi, cette question n’est pas abstraite. Elle se lit dans les trajectoires des personnes que nous accompagnons. Elle se joue dans l’accompagnement, dans la défense des droits, dans l’apprentissage de la langue, dans l’accès au logement, à l’emploi, à la santé. La justice sociale est pratique quotidienne.
Mais une pratique a besoin d’horizon.
La justice sociale circule et s’insinue dans les normes, dans les discours, dans les catégories. À l’échelle d’un centre d’intégration, cela signifie interroger nos propres pratiques : comment nommons-nous les publics ? Que faisons-nous exister par nos formulaires et nos procédures ? La justice sociale commence peut-être par cette vigilance de ne pas reconduire, sans y prendre garde, les mécanismes qui produisent l’exclusion.
La justice sociale est un horizon. La justice n’est jamais un acquis. La justice est un conquis. Il y a dans toute décision administrative une part d’incertitude. Dans notre travail, cela se traduit par l’attention au cas singulier, à ce qui déborde les cadres. Appliquer la règle, mais sans cesser d’entendre l’histoire unique qui se présente à nous. La justice sociale n’est pas la simple égalité de traitement. La justice sociale est l’effort pour répondre à l’irréductible singularité de l’autre.
Les inégalités sont les ennemis de la justice sociale. Lorsque nous accompagnons une personne dans son parcours d’intégration, nous ne pouvons pas travailler uniquement sur un dossier administratif. Nous contribuons à élargir son espace des possibles, à renforcer ses ressources, à transformer les rapports de force qui pèsent sur elle.
La justice sociale n’est pas une abstraction morale. Elle est un travail sur les structures, sur les discours. Elle suppose une certaine lucidité qui vise à reconnaître que l’inclusion ne va pas de soi, que l’égalité formelle ne suffit pas, que les discriminations peuvent être invisibles parce qu’elles sont devenues normales.
Mais elle suppose aussi une confiance. Car si les structures pèsent, elles ne déterminent pas tout. Chaque parcours accompagné au CRI Charleroi est une preuve que les trajectoires peuvent bifurquer, que des marges de manœuvre existent, que des alliances sont possibles. La justice sociale est la construction patiente d’un monde où les conflits ne condamnent personne à l’invisibilité.
En cette Journée mondiale de la justice sociale, il ne s’agit pas d’affirmer des principes. Il s’agit de réaffirmer une méthode : écouter, questionner, déconstruire les évidences, agir avec et non à la place de. Cette journée nous offre la possibilité de réfléchir à une éthique de la vigilance et de la responsabilité.
À Charleroi, ville de résiliences, au CRI Charleroi, cette éthique interpelle chacun de nous chaque jour. Cette éthique de la vigilance et de la responsabilité nous rappelle que la justice sociale n’est jamais acquise, jamais garantie. Elle est un mouvement délicat et exigeant vers plus de reconnaissance, plus de droits, plus de dignité. Et c’est peut-être là, dans ce mouvement même, que réside notre force.
Fabrice CIACCIA, Directeur du CRI Charleroi






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