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Communautarisme : l’accusation à géométrie variable

La lutte antiraciste contemporaine s’ancre, en opposition avec les années 80-90, non plus dans un antiracisme moral mais dans la dénonciation d’un racisme d’origine structurelle, qui dépasse l’intention des acteurs individuels et qui s’ancre dans la demande de droits égaux pour tous de la part des concerné·e·s. Ceci n’est en soi pas un argumentaire nouveau : aux USA, des personnes comme Malcom X, Martin Luther King et James Baldwin ne disaient déjà pas autre chose il y a cinquante ans, mais il fallut le temps avant que leur argumentaire s’enracine correctement et traverse l’atlantique. Et surtout il a fallu que des militant·e·s et intellectuel·le·s, racisé·e·s le répètent inlassablement. Cette nouvelle approche, basée d’abord sur l’écoute des concerné·e·s, ne plaît pas à tout le monde. Accepter de perdre ses privilèges est un processus douloureux auquel certains refusent de céder. Un moyen de défense efficace est de semer le doute sur la légitimité de la nouvelle méthode. Ainsi, des personnes issues d’une minorité discriminée qui se rassemblent pour défendre leurs droits deviennent des personnes coupables de “communautarisme” rompant avec l’idéal de l’ “universalisme”. Il y a là derrière une réelle difficulté à accepter la différence : je ne suis à l’aise que dans un monde qui me ressemble et pour justifier cela, je fais de ce monde le monde aux caractéristiques “universelles”. En opposition le monde des autres se définit par des caractéristiques “communautaristes”.

Face à ces accusations nous ne sommes pas tous égaux. Les musulman·e·s sont touché·e·s de plein fouet par cette focalisation “communautaire” qui va venir se poser sur eux dans toutes les démarches associatives ou institutionnelles entamées par des membres de cette communauté. C’est pourquoi dans ce numéro, après un premier article d’introduction rédigé par moi-même, une approche de la problématique sera proposée par
Eva-Maria Jimenez du collectif Kahina. Suivra ensuite un texte dans lequel Charlotte Casier du “Collectif 8 mars” parlera du rôle et de l’importance de l’existence de groupes en non-mixité pour le mouvement féministe. En effet cette pratique au sein des luttes féministes, bien qu’encore critiquée par certain·e·s, est parvenue à s’imposer. Il n’y a dès lors pas de raison que la même logique ne puisse s’appliquer à des groupes racisés.

Enfin hors dossier, Yannicke de Stexhe abordera dans son article la question de la montée des populismes de droite : alors que Boris Jonhsson vint d’être élu 1er ministre en Grande-Bretagne comment expliquer la montée de ce mouvement de fond partout sur la planète ? En effet, ces courants politiques se couplent quasi toujours avec un racisme décomplexé qui fait craindre le pire pour le futur.

Benjamin Peltier

Source : BePax

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