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Évaluation du Parcours d’Intégration

À la rencontre de Thierry Tournoy!

Résident namurois, son cœur est pourtant resté à Charleroi, la région du « Grand Charleroi » d’où sa famille est originaire : «J’y venais souvent quand j’étais enfant » confie-t-il en se remémorant le célèbre Salon des Arts Ménagers. Plus d’un souvenir à Charleroi pour Thierry, élevé avec son frère par une maman solo, « qui a assuré » dit-il , dans une famille qu’il avoue «d’origine modeste ».  Après ses études secondaires, il reviendra à Charleroi pour ses premiers stages d’assistant social : « J’ai fait un parcours scolaire un peu chaotique. Je suis un  produit de ce qu’on appelle la « relégation scolaire », j’ai connu en direct et en vrai le fait que quand on ne convient pas, quand on ne s’adapte pas à une école, on est renvoyé vers une filière moins prestigieuse ! ».

De la cuisine à la popote sociale

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est sa passion pour la cuisine qui l’a amené à découvrir le domaine des affaires sociales : « Après quelques années de déboires  dans l’enseignement général, je me suis retrouvé en technique hôtellerie, eu mon diplôme et accédé à la profession. J’ai énormément travaillé dans les restaurants, ce qui m’a permis de payer mes études, d’avoir une voiture, de pouvoir avoir un kot etc. » Une indépendance durement acquise qui lui permet par la suite de mieux penser à son projet de vie : « Quand j’ai fini mes humanités, je me suis dit « c’est bien, ça me plait »…  mais je n’avais pas envie de travailler dans un restaurant toute ma vie. Ce n’est un secret pour personne, c’est un métier difficile en termes d’heures etc. et il n’est pas facile de construire une vie de famille ainsi. J’avais aussi envie d’aller plus loin dans le cadre de mes études ». C’est lors d’un salon du SIEP qu’il découvre le métier d’assistant social : « Ce qui m’intéressait, c’était une formation assez généraliste, mais d’autre part, il y avait une passerelle pour pouvoir faire le droit après. […] Je voulais être avocat à l’époque. Pourquoi ? Je n’en sais rien mais… j’aimais bien les causes perdues sans doute ! » (rires).

Avec Véronique SALVI, pour célébrer les 50 ans des immigrations marocaines et turques, au PBA le 10 décembre 2014
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Avec Véronique SALVI, pour célébrer les 50 ans des immigrations marocaines et turques, au PBA le 10 décembre 2014

C’est en étudiant pour faire assistant social qu’il s’est rapproché de Charleroi, par les stages et notamment au Germoir, une EFT (Entreprise de Formation par le Travail) : «  À la fois c’était quelque chose qui  s’intéressait à mes compétences en hôtellerie (ils voulaient consolider une filière de formation en HORECA) et à la fois à ma formation en assistant social. C’était une bonne complémentarité ». Il a ensuite travaillé pendant 3 ans dans cette structure comme responsable de secteur. Un pied dans l’insertion socio-professionnelle, il a été recruté comme responsable ISP au CAI (Centre d’Action Interculturelle – CRI de Namur) tout en s’intéressant déjà au secteur de l’aide à la jeunesse, en administrant une maison de jeunes de la Région de Namur.

Les pieds dans le plat… de l’interculturalité

« Après le germoir, premier pas dans l’interculturalité, j’ai eu l’occasion de travailler au Centre d’Action Interculturelle (CRI de Namur) où ils étaient intéressés par mon expérience de l’insertion au Germoir et m’ont engagé comme responsable ISP. […] J’ai mis les pieds dans le plat de l’interculturalité et j’ai vraiment adoré, c’était en 2000… un peu comme Obélix, je suis tombé dedans ! » Il retient de cette expérience l’aspect transversal du travail : « Je le vois plutôt positivement. Ça touche à tous les domaines de la vie des personnes, qu’elles soient  d’origine étrangère ou pas. Et ça, c’est intéressant d’un point de vue intellectuel, car cela oblige à s’intéresser à plein de choses, à essayer de comprendre, à essayer d’intervenir dans une réalité sociale. […] L’ISP est un domaine que j’ai toujours aimé et que j’aime toujours aujourd’hui parce que ce sont des réponses qu’on peut donner aux gens. » Et l’enjeu social reste un défi permanent : « Comme partout, les communautés cohabitent […] On peut parler de société interculturelle ou inclusive, mais dans les faits, on reste quand même encore assez loin de cet état,  de ce rêve de cohésion sociale ».  Il a également travaillé pour une AMO (un service d’aide à la jeunesse en milieu ouvert) : « La jeunesse a toujours été, et est aujourd’hui encore, une thématique qui m’intéresse. La question de la multiculturalité, de l’interculturalité s’est évidemment posée de manière constante à travers ce travail. ».

Côté jardin

Thierry est père de deux enfants, une fille de presque 5 ans et un garçon de 14 ans pour lesquels il se montre «  très présent » car pour lui « c’est important».
Il aime également lire « tout » ce qui lui  « passe sous la main » : « Je lis énormément de journaux, de livres. Je consacre beaucoup de temps à ça » reconnait-il dans un sourire. Pour se défouler, Thierry s’adonne au vélo, ayant aussi longtemps joué au squash « mais j’ai arrêté » confie-t-il, « j’aime les choses qui vont vite, tout de suite et à 100% ! » Ses autres violons d’Ingres sont d’écouter de la musique mais aussi de collectionner des œuvres d’art et des livres : « je passe beaucoup de temps à aller voir des expos et j’achète pas mal de choses  […]  C’est une chose qui finalement est devenue une activité familiale ! » Élevé dans une famille monoparentale, il reconnaît fièrement assumer sa « part féminine » : « C’est moi qui fais à manger à la maison, j’ai été élevé par une maman féministe, je repasse, je fais à manger, je fais le ménage. » Un homme-orchestre à la tête du CRIC ?

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Intervention lors d’une rencontre thématique du CRIC

Une nouvelle vision pour le Centre Régional d’Intégration de Charleroi

L’orientation qu’il insuffle depuis sa prise de fonction comme Directeur du CRIC en 2014 s’inspire d’une vision résolument ouverte : « Le message que j’essaie de porter aujourd’hui à travers mes différentes petites casquettes, se résume ainsi : si on partait de ce qui nous rassemble plutôt que de ce qui nous différencie ? ». Dans le travail quotidien, il s’agit de sortir du « eux et nous » et aller plutôt vers le « nous, tous ensemble ». « Et c’est pour ça qu’ici (je n’ai rien révolutionné puisque ça se faisait déjà avant moi), le CRIC va vers les communautés, allait déjà et y va encore beaucoup plus. Et ça fonctionne ! » Concrètement, il participe volontiers aux diverses activités du vaste réseau réuni à Charleroi autour de la question de l’intégration des personnes étrangères : « j’essaie d’être très présent dans les conférences, les colloques, les fêtes… pour en quelque sorte faire connaissance avec le réseau mais aussi pour rencontrer individuellement les associations, les responsables politiques. […] J’ai beaucoup de retours positifs de cette démarche, d’aller vers les associations. Non pas de les convoquer ici mais d’aller vers eux et de voir leur réalité. »

Une recherche-action pour mieux répondre aux besoins des personnes migrantes

Dans le prolongement de ces rencontres, l’idée de réaliser une véritable étude locale sur les besoins des migrants émerge : «  Il y a deux constats principaux qui sont à la base de ça. Les centres régionaux sont, par décret, tenus de faire vivre un Plan Local d’Intégration (PLI). […] Malheureusement, pour partie en tous cas, je pense que le PLI reste un catalogue de ce qu’on pourrait faire avec les communes… Le Plan Local d’Intégration,  est une bonne idée au départ mais qui doit encore définir la manière dont principalement les communes, les associations et le CRIC doivent collaborer pour mettre en œuvre les projets d’intégration. Pour l’instant, cela reste au stade des bonnes intentions. […] Le deuxième constat est que ce plan d’intégration (ainsi que dans beaucoup de centres régionaux) est un peu déconnecté de la vie quotidienne du CRIC. […] On a réfléchi au CRIC pour voir comment on pouvait changer ça  pour en faire un véritable plan négocié et concerté mais sur base d’actions qui se font vraiment. » L’étude des besoins des migrants serait ainsi un premier jalon pour faire correspondre actions et besoins identifiés sur le terrain. Au-delà des constats, le but de cette recherche-action menée par le CRIC est également de « permettre de re-fédérer ou de fédérer encore mieux les associations, les institutions en ce compris les représentants politiques, les communes etc. pour la faire ensemble cette étude de besoins ! Et ainsi de vraiment partager ces constats. […] Un travail de réseau qui va se traduire par des actions de terrain évidemment ».

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Un moment convivial avec l’équipe du CRIC qui partage avec lui la passion culinaire! 🙂

À ce projet à long terme, sur deux à trois ans, s’ajoute celui non moins ambitieux du parcours d’accueil appelé à devenir le parcours d’intégration dans les mois à venir. Un fameux défi qui s’articule parfaitement avec l’étude des besoins des migrants puisque celle-ci permettra d’être au plus près des bénéficiaires.