à la rencontre de Véronique Salvi!

Carolo pure souche, née à Monceau-sur-Sambre en 1973, Véronique Salvi se définit comme une digne héritière d’une famille venue d’Italie. Elle parle de ses grands-parents avec beaucoup d’émotions : « mes grands-parents paternels sont de Brescia et mon grand-père a travaillé dans la mine. Et puis du coté de ma maman, ils sont originaires de Vérone et là, mon grand-père a travaillé dans la métallurgie.  Des origines 100 %  italiennes ! »  Comme  de nombreux habitants de Charleroi, son histoire personnelle est liée au mouvement des migrants venus renforcer les équipes belges dans l’industrie locale.

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Véronique avec sa grand mère dans son village d’origine, Castelvero. Début octobre, elle accompagnait une délégation de « Véronais dans le monde » issus de Charleroi sur le thème de l’immigration.

Présidente du Centre Régional d’Intégration depuis 2013, son vécu personnel l’aide à comprendre  les enjeux actuels liés à l’intégration des personnes étrangères. Elle a vécu cette double appartenance entre ces immigrés (ses grands-parents) qui quittent le pays et viennent vivre en Belgique et qui, quand ils rentrent au pays ne se sentent plus tout à fait Italiens. «L’intégration en Belgique, à l’époque, n’était pas simple et ils ne se sentaient pas tout à fait Belges en Belgique, ni tout à fait Italiens en Italie ».

Femme politique de caractère, c’est aussi son histoire qui a forgé sa vision et renforcé ses engagements : « ma trajectoire de vie est évidemment imprégnée de cette trajectoire d’immigrantsJe trouve que c’est une belle richesse; cela m’aide à prendre beaucoup de recul par rapport à la situation actuelle en termes d’immigration, d’accueil des immigrés… »

Véronique Salvi s’engage très tôt dans le milieu associatif, notamment dans les mouvements de jeunesse. C’est à ce titre, que dès 1992, elle siège au CA des Mutualités chrétiennes. Après des études en Sciences Politiques à l’Université Catholique de Louvain, elle ne s’imaginait pourtant pas un avenir en politique. C’est une rencontre qui l’amène à découvrir les coulisses du Parlement de la Communauté française, pendant près de 10 ans, comme assistante parlementaire. « C’est surtout mon engagement au niveau associatif  (mutualités chrétiennes, jeunesse et santé, comités de quartier) et la rencontre avec Anne-Marie Corbisier qui à l’époque était Présidente au Parlement, qui ont été déterminants. Anne-Marie m’a d’abord dit qu’il lui fallait une assistante parlementaire  […] puis en 1999, c’est la première fois qu’on instaurait un quota de femmes sur les listes ( 1/3 de femmes) et là, Anne-Marie me propose de figurer sur les listes. Je m’y retrouve comme dernière suppléante en 1999 et je fais un bon score sur Charleroi » 

La rencontre avec Joëlle Milquet sera également décisive « je suis repérée et ça commence comme ça, simplement… Il y a pas mal de hasards de vie, de rencontres qui font que ma carrière se construit ». 

Une carrière politique sous la bannière humaniste

Conseillère communale à Charleroi élue en 2000, elle devient cheffe de groupe CDH au Conseil communal en 2006 et députée fédérale en 2007 jusqu’en 2009. En 2009, comme tête de liste au scrutin régional, elle contribue au maintien du CDH au-dessus de la barre des 12% et devient députée Wallonne. Elle siège actuellement toujours comme députée régionale et au parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.

En 2012, elle devient  Echevine de la Ville de Charleroi avec les compétences de la Famille, de la Petite enfance, de la Personne handicapée, de la Santé, de l’Intégration sociale, de l’Egalité des chances, des Infrastructures sportives et du Patrimoine remarquable. Un choix qui n’est pas un hasard à l’entendre, elle qui a toujours « été plus portée par les affaires sociales, par l’interculturalité, par la culture… par l’égalité des chances, l’enseignement, la petite enfance. »  Une fidélité à ses convictions qui se prolonge dans ses mandats de Présidente dans divers Conseils d’Administration. « En 2013, comme Échevine de l’égalité des chances, je deviens aussi Présidente du CRIC. C’était assez naturel… J’avais été Présidente de la Maison Pour Associations sous le mandat précédent et je reste fidèle en fait à mes choix politiques, ce sont pour moi des mandats qui ont du sens.  Par la défense du programme qui est le programme du CDH, par la défense des valeurs qui sont les miennes à Charleroi… et donc en tant qu’Echevine de l’égalité des chances, il me paraissait tout à fait naturel d’être également Présidente du CRIC car on défend les mêmes matières, les mêmes objectifs, les mêmes valeurs etc. Pour moi, c’est un mandat important ! »

Un engagement pour l’égalité des Chances

La politique pour Véronique, au-delà du discours, c’est surtout arpenter le terrain et se coller à la réalité locale, comme en témoigne sa foisonnante revue de presse sur son site :

www.veroniquesalvi.be

« Je trouve que quand on fait de la politique, on doit toujours garder un lien, un certain fil rouge et c’est toujours plus aisé de pouvoir défendre les dossiers quand on les connaît de l’intérieur et quand on fait du terrain. »

Elle connaît également la réalité du rapport de force en politique, un univers encore largement dominé par les hommes mais dans lequel elle a su faire sa place sans se renier : « Quand j’ai commencé à faire de la politique à Charleroi dans les années 2000, c’était une catastrophe dans le sens où les femmes du Conseil communal étaient très peu respectées par les Echevins en place. […] En très peu d’années, il y a eu un changement de générations. Que ce soit au niveau des Echevins à la ville ou au niveau du Parlement wallon, on voit que le nombre de femmes est beaucoup plus important que les mandatures précédentes. Je pense notamment aux quotas, dû au fait qu’on a imposé la « tirette » (un homme, une femme, un homme, etc.) sur les listes aux niveaux fédéral et régional […] Aujourd’hui, on travaille dans un Parlement ou dans un Collège sans cette discrimination que j’ai sentie quand j’étais toute jeune et que je commençais en politique. Je me demandais « c’est quoi cette bande de machos ? Aujourd’hui les choses ont largement évolué, il y a beaucoup plus de respect. »

Pourrait-on en conclure qu’une femme ferait de la politique autrement ?  Pour elle, « il faut viser une complémentarité dans l’action et tant mieux si on est différent ! Gardons ces différences ! ». L’égalité des chances, plus qu’un concept, apparaît comme une nécessité dans tous les domaines de gestion de la chose publique, « Il faudrait que la notion de l’égalité des chances puisse être une notion transversale dans les différentes matières. […] dans chaque projet que l’on mène, avoir une attention particulière à l’égalité de l’autre dans sa différence. Quand on mène des projets, que ce soit au niveau du sport, de l’environnement,  au niveau de l’emploi, il faut  pouvoir avoir une attention particulière à l’autre dans sa différence. Pour moi, c’est ça qui fait sens dans ce type d’Echevinat. On ne va pas décréter que parce qu’on est Echevin de l’égalité des chances, on va faire de l’égalité des chances. […] Notre rôle, dans tous les dossiers qui passent au niveau du Collège, c’est de dire : « oui mais, est-ce que vous avez bien fait attention au respect de la différence ou au respect de l’égalité de l’autre ? ». 

Côté jardin

Le temps libre, elle le consacre surtout à sa famille. « Mon essentiel, c’est l’équilibre que je cultive entre ma famille et mon engagement politique », nous confie-t-elle.  « J’adore passer une soirée avec mes amis, prendre un verre de vin, danser, faire la fête… J’aime beaucoup lire aussi. J’adore la musique, je suis très italienne de ce côté-là. Très épicurienne et j’ai gardé ce côté latin. Les fêtes en famille, à la maison on n’y est jamais moins de 25 et je dois dire que ça me plaît !  J’aime bien le côté humain, j’aime parler avec les gens, j’aime ce côté convivial, rencontrer l’autre dans ce qu’il est, poser des questions… Humaniste, on peut dire ça ! »

Un parcours d’accueil au CRIC

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Avec Thierry Tournoy, directeur du CRIC, lors du vernissage de l’exposition des dessins de Nicolas Vadot – mars 2015

Auprès du CRIC, son engagement comme Présidente est de défendre le déploiement du tout récent parcours d’accueil des personnes primo-arrivantes (juin 2014) : « Au niveau du CRIC, on met tous les processus en place et tous les moyens à notre disposition pour en faire une réussite, mais nous-mêmes, on considère que le public n’est pas suffisamment large et que ce n’est pas toujours clair sur certains types d’obligation.  On voit bien qu’il y a toujours une espèce de flou, notamment au niveau de la langue et de l’apprentissage du français. Je pense que la demande même des personnes qui vont être suivies, c’est d’apprendre le français !  […] Parce qu’on ne peut pas s’intégrer dans un pays si on ne parle pas la langue du pays. Ma grand-mère m’a toujours dit « la première chose que j’ai eu à faire en débarquant d’Italie, c’est d’apprendre le français ! ».

Elle voit le CRIC comme « une plaque tournante de la rencontre des gens dans leurs différences, citoyennes, ethniques, culturelles. », « le lieu de référence en matière d’intégration. Que ce soit pour rechercher de l’information, pour faire de la formation, quand une asbl veut développer une action en matière d’intégration ». Avec ce parcours d’accueil, le CRIC va à l’avenir « prendre sa place au niveau des opérateurs qui comptent à Charleroi en matière de diversité, d’intégration et de brassage culturel. »